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Collection « Poiesis »

Daniel Vander Gucht et Pascal Courcelles
64 pages, 26 illustrations couleur de Pascal Courcelles, 16 x 22 cm, cousu
ISBN 978-2-87317-454-5
18 €, 2015

Comment rester sérieux ! Le titre Robert va te coucher, s’adresse au Petit Robert compagnon des insomnies, qui sous sa forme numérique accompagne Daniel Vander Gucht pour un jeu de variations brèves percutantes, merveille d’assemblage sonore, d’humour en vers frappés, portraiturant son époque et nos tics.
Jacques Bonnaffé qui lit Robert, va te coucher le 13 décembre 2016 sur France-Culture. À écouter en podcast :
https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/semaine-effervescente-24-comment-rester-serieux

Friandise pour les fêtes. Hop ! on reprend un peu de Vander Gucht, c’est bourré de vitamines. « Des airs à faire fuir les balourds // ou à danser tout de travers // Tapeur à gages phonométrique // Entr’acteur Velvet Gentleman », un arrière-goût de Bobby Lapointe, extase avant de rejoindre les débats lourds, relatifs à Robert Z.
Deuxième fournée de "Robert va te coucher" lue par Jacques Bonnaffé sur France Culture le 26 décembre. À écouter en podcast :
https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/effervescence-apres-14-robert-va-te-coucher-friandise-pour

« Alors que je n’écris plus de poésie depuis près de trente ans et que j’essaie en vain, depuis presque aussi longtemps, de trouver le bon angle d’approche pour écrire quelque chose de sensé et d’intéressant sur la musique qui compose la bande son de ma vie, je me suis surpris, durant l’été 2013 en Algarve, à combattre l’insomnie en composant, en compagnie de Robert installé sur mon Mac, une suite de poèmes rimés que j’ai tout naturellement intitulée « Robert, va te coucher » en les congédiant tout deux au petit matin. Leur rythmique et leur sonorité m’ont immédiatement convaincu de les mettre en musique (sauf que je suis aussi doué pour la musique et le chant que pour la cuisine moléculaire et le maniement de la scie sauteuse). Je ne déses­père pas que quelque musicien leur prête un jour prochain son talent mais j’ai trouvé entretemps un autre complice en la personne de mon ami le peintre Pascal Courcelles qui a accepté ma proposition d’insuffler, à la plume et au pinceau (sans compter les autres ustensiles dont je n’ai même pas idée), la vie à ces mots tapés sur des pages blanches… qui ne le seront pas restées longtemps. »

Daniel Vander Gucht (1958) est professeur de sociologie à l’Université libre de Bruxelles où il dirige le GRESAC (Groupe de recherche en sociologie de l’art et de la culture) et la Revue de l’Institut de sociologie. Il a publié plusieurs essais dont L’Art contemporain au miroir du musée (Bruxelles, La Lettre volée, 1998) ; Art et politique. Pour une redéfinition de l’art engagé (Bruxelles, Labor, 2004) ; La Jalousie débarbouillée. Éloge de l’incertitude amoureuse (Bruxelles, Labor, 2005 ; réédition Bruxelles, La Lettre volée, 2014) ; Ecce homo touristicus. Identité, culture et patrimoine à l’ère de la muséalisation du monde (Bruxelles, Labor, 2006) ; L’An passé à Jérusalem. Journal yérosolymitain (2004-2005) (Bruxelles, La Lettre volée, 2008) ; L’Expérience politique de l’art. Retour sur l’engagement artistique (Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2014) ainsi qu’Écrits prématurés et troubles chroniques (Bruxelles, La Lettre volée, 2015).

Pascal Courcelles (1956) est un peintre belge qui expose régulièrement tant en Belgique qu’à l’étranger.

On connaissait Daniel Vander Gucht, éditeur (La Lettre volée, Bruxelles), estimé sociologue de la culture, essayiste engagé. On le découvre ici poète et parolier de chansons qui restent à composer. À l’origine de ce projet hors cadre : la tentative de l’auteur de combattre des insomnies vacancières en imaginant des rimes avec, pour principal compagnon, le dictionnaire Robert installé sur son ordinateur. Le quatrain d’octosyllabes qui ouvre ce petit recueil joyeusement malicieux nous le confirme : « Le faune emballe le funambule qui dévale tel un somnambule minotaure du soleil le labyrinthe du sommeil ». La manière stylistique nous transporte étrangement dans un autre temps, où l’on croise les fantômes souriants et délirants de Vian, de Queneau ou encore de Gainsbourg et son avatar Gainsbarre, qui titillent l’amante MD (« Durastaquouère pour rasta queer, ne me revient d’India Song que ces effluves dures à jouir, reflux retenus du fleuve qui cogne », extrait de « Durasse ce que dure la Marguerite ») pour mieux revenir rocker notre contempourien (« Putain Poutine c’est vachement bien », ou Arno cognant Vladimir, « Fusillé pour les samples », ou Robert alias Daniel se laissant séduire par les « playlists addicts d’hymnes ados » et autres « mashups synchros flashmobs de phasmes », avant d’appeler à l’aide pour se tirer de ce « Guettaplan »). Ce grand écart – maîtrisé – entre des rimes façon « Tchao pantin, mon petit quinquin » et des songs inspirées par « une muse amusée » qui balancent leurs références pour leur rendre un jovial mais modeste hommage (« Lauriers d’Orphée mon probe hobby mes vers de mirliton n’épatent ni Léo Nino ni Ferrat, je ne suis pas à Lapointe Bobby ») nous invite, derrière une apparence nonchalante, à un jeu de cache-cache dans lequel « un Robert peut en cacher un autre ». Les 26 illustrations du plasticien complice Pascal Courcelles, où, là aussi, de grands maîtres défunts comme Picasso, Miro et Cocteau sont convoqués pour constituer un univers aux couleurs vives, dialoguent parfaitement avec ces mots, mettant ainsi en images dansantes une « musique qui n’en a pas l’air », qui se lit comme on réécoute une bonne vieille compile pop énergisante qui zapperait toute seule entre les plages.

Philippe Franck in Inter art actuel, n° 131, p. 105.